succès

juste quelques mots avant de me coucher. avant de donner un stage demain matin jusqu’au soir où j’enchaîne avec une conférence en powerpoint sur mon travail: rythme à la nippone (c’est a dire sans jamais s’arrêter). je voulais juste exprimer à chaud combien le succès de ce soir à l’atelier gekken de kyoto a été fort. je pense aux gens qui m’ont aidé à organiser et à réaliser ce voyage au japon, oh combien symbolique pour moi, je pense à eux, j’ai d’ailleurs tout de suite pensé à eux (ils se reconnaîtrons) et j’en ai été heureux : ON N’A PAS FAIT TOUT CA POUR RIEN! ce soir, dans la salle, plusieurs grands spécialistes de nô et de kyogen, dont udaka sensei mon maître de nô et matsumoto san l’acteur de kyogen qui m’avait accompagné sur « monnaie de singes » il y a dix ans; une danseuse de buto, beaucoup d’autres amis d’ici, bertrand krill aussi, l’administrateur de claude régy, et même une taiyu (comme une geiko, ou geisha, mais encore plus luxueuse, voir l’article de l’année dernière sur ce même blog)

et en jouant, j’ai ressenti la même chose qu’il y a douze ans avec le spectacle que j’avais joué pour les japonais juste avant de quitter la villa kujoyama. un pur bonheur. un échange avec le public fin, intelligent, concentré, humoristique, chaleureux, sensible, émouvant. une circulation d’énergie fraternelle, humaine. mais cette fois, je ne suis pas seul et jérémie qui a fait les lumières (et quelles lumières!) et qui m’accompagne est là pour me dire: « non, tu ne délires pas, c’était vraiment un moment de théâtre rare, au-dessus des nuages ».

en vrac: le moment dans lequel je m’apprêtais à mettre la veste d’arlequin à losange, relique d’un spectacle mythique d’antoine vitez, était un moment habité par je ne sais quoi, un  moment de théâtre pur peut-être rien de spécial juste une émotion canalisée, le passage d’arlequin, de tous les arlequins peut-être.

le moment de l’opéra de pékin était juste complètement fou et jouait avec l’absurde mais aussi avec l’observation concentrée de ce parterre de japonais du monde du nô et du kyogen. mais le moment qui est devenu un pur moment hallucinant, c’est quand je me suis mis à jouer du nô à la manière d’arlequin, en jouant tous les acteurs et les musiciens; du nô en forme d’arlequinade mais aussi avec tout le respect qui se doit; à ce moment-là la salle s’est mise à frémir, à exploser de rire, à se taire, à écouter, à comprendre le sens du spectacle, à s’en émouvoir, et lorsque je suis sorti de scène d’un pas glissé de nô, j’ai compris que cette fois-ci les japonais n’avaient pas fait que comprendre le spectacle, non, j’ai compris que cette fois-ci ils avaient été touchés; et quand matsumoto m’a serré les deux mains pour me dire au revoir, j’ai deviné derrière les plis de ses yeux quelque chose qui brillait, qui coulait presque…

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3 commentaires sur « succès »

  1. Salut Didier,

    à quelques jours de la présentation de saison à La passerelle, ça fait très plaisir de lire ça, depuis mon bureau à Gap, si loin…

    Je t’embrasse

    alai

  2. Ah, comme j’aurais voulu être là moi aussi, au moment de ce nô inhabituel, ce nô révolutionnaire, qui a peut-être fait chanceler quelques têtes et sûrement donné beaucoup de fraîcheur.
    Bravo Didier, tu as déplacé une montagne. Tu es aussi fort que Yu Gong !
    Hubert

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