auto polisse

le temps passe. les jours se suivent…

rythmés par les trains et les métros ou les flots continus de populations. des vagues de densité plus marquées se font sentir mais le mouvement demeure incessant. je pense au rythme des pulsations cardiaques, c’est comme quelque chose qu’on ne contrôle pas (ou presque pas) mais dont on fait partie. c’est un peu comme ça que je ressens le japon depuis quelques jours. rythme et constance, avec un savant dosage de lissage des choses, rien ne doit dépasser, comme un jardin zen… tout doit être lisse.

et moi dans tout ça, tout en étant là, je ne suis pas là, je ne suis qu’un spectateur de ces flots qui ne me sont pas familiers, ces vagues qui ne rentrent pas dans le cadre de mes habitudes, ni dans celui de mes automatismes. car ici, rien n’est automatique pour moi, tout est découverte, aventure du détail dans cet univers ou tout est lissé, pacifié, protégé.

pourtant ici, c’est bien l’asie, ça grouille de vie, de gens, de populace qui s’active, surtout à tokyo. même si je ne pense pas forcément aux images d’épinal qui montre les passages piétons surchargés de shinjuku. pas besoin puisque même dans les quartiers de tokyo, même ici à côté de moi, ça grouille ; tranquillement certes, mais ça grouille, ça ne s’arrête pas !

et le simple spectateur du cours des choses que je suis devenu ici me fait me sentir loin de tout. comme si le fait d’être juste un peu à côté, à peine décalé de quelques millimètres (même si moi aussi je marche au rythme des flots, moi aussi je m’arrête aux passages à niveau qui laissent passer les trains, moi aussi je répète « gozaimasu » ou « sumimasen » à longueur de journée et à tout propos, moi aussi je ne m’aventurerais pas à jeter le moindre bout de papier par-terre, moi aussi je respecte la sonnerie des passages piétons, ces petites sirènes enfantines qui tintinnabulent dans nos oreilles pour nous dicter la patience, le civisme et la lisse police de l’auto-polisse), mais mon ressenti non-automatique dans tout ça, me fait passer à côté de ce flot quotidien, juste un peu à côté du courant des hommes, et je les regarde. je me sens loin de ce présent-ci et je suis loin de mon identité européenne, loin des gens qui font ma vie, loin de mon enveloppe civique et citoyenne française, là-bas. je ne suis plus qu’un corps avec des sensations, des sentiments, des émotions, et je glisse doucement dans ces ondes humaines, je ne fais que passer.

autre chose aussi que j’ai constaté ici en lisant milan kundera. j’ai surpris mon imaginaire de lecteur à donner une physionomie japonaise à tous les visages des personnages tchèques de kundera. un peu comme si kundera était représenté par des acteurs de nô. la forme de mon imaginaire s’infuse dans le goût japonais et ses images sont lissées pour atteindre la substantifique moelle de la présence pure.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s