粋 (iki)

à tôkyô, après deux journées à ne manger que des « ramen » (soupe de nouilles dans un bouillon gras à base de viande) ; le troisième jour quand arrive le moment du repas, alors que nous sommes sur le point d’entamer une troisième journée « ramen » consécutive, même si j’adore ça, je sens que mon estomac commence à se lasser. cette lassitude doit se lire aussi sur mon visage car voici que yoko se met à marcher en suivant une trajectoire sinueuse et nous entraîne dans une errance hasardeuse. finalement, au bout de quelques minutes, elle s’arrête devant les rideaux horizontaux d’un petit restaurant de sushis. on fait le tour des opinions et tout le monde tombe d’accord pour pénétrer à l’intérieur. malgré une tv qui débite son flot de confusion habituel et ininterrompu, la petite pièce avec coin tatamis nous paraît plutôt accueillante. nous nous installons, commandons, commençons à manger… et là, j’ai goûté à ce que pouvaient être de vrais sashimis : le poisson, coupé comme il se doit, fond dans la bouche et son goût nous parvient comme une résonnance sublime et presque à peine perceptible (« délicatesse et le lissage des choses » comme toujours).

le régal de nos papilles nous fait reconnaître unanimement que yoko a une capacité formidable à sentir les bons plans. « yoko’s wifi » comme dit reiko. ou l’instinct. un sixième sens qui lui vient peut-être de son immense faculté à accepter le moment tel qu’il est.

comme lorsque nos sens vont en paix… et que l’on sent les choses, jusqu’à l’apparition du sixième sens. c’est souvent dans de telles situations que l’on se dit que les événements qui surviennent sont des signes du destin ; alors on s’en réjouit, le cours chaotique des choses prend une signification et cela génère une force intérieure.

toujours est-il qu’après avoir tous clamé bien haut notre enthousiasme, une discussion s’engage avec le chef et sa femme. je ne comprends que quelques bribes de ce qui est échangé mais surtout, je capte dans à ses mots, à son sourire et la cadence de son verbe que ce chef est une personne rare. il est élégant, mais encore plus que ça… il est « iki ». c’est ce que m’apprend reiko (qui est devenue mon professeur de japonais) : « ikinahito » : « 粋な人 » « une personne iki« . comment traduire ça ? « quelqu’un qui a la classe » (« classieux », aurait dit gainsbourg). sylvain, mon ami de kyoto y apporte une nuance intéressante : « quelqu’un qui a du charisme et qui donne de l’inspiration, car le kanji comporte aussi un lien avec la respiration »…

toujours est-il que nous sommes retournés manger tous les jours dans ce restaurant jusqu’à ce que les patrons, me prenant en amitié, m’offrent un caleçon traditionnel japonais (un peu du type de ceux que portent les sumos!)… ça c’est classe !

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