joyeux noël

samedi, j’ai pris le RER jusqu’à la station ris-orangis pour jouer mon spectacle dans un bidonville.

j’avais emporté avec moi mon sac de voyage rempli de masques de tricksters dont un de mes arlequins, dessiné et réalisé par erhard stiefel, maître en la matière. j’avais aussi une veste de survêtement, un pantalon, des sifflets et des appeaux : de quoi faire quelque chose au plus près des rudiments du théâtre, au plus près de l’idée première, fondamentale et toute simple (naïve?) d’une transformation, d’une métamorphose du quotidien… pour créer l’extraordinaire, l’événement, le spectacle.

je n’étais pas sûr de jouer car un cordon de CRS risquait fort de nous empêcher d’accéder au camp de roms installé là, au bord de la nationale 7, route des vacances, suivant l’injonction d’un arrêté municipal qui trouvait irresponsable d’offrir une fête à des enfants dans un bidonville insalubre. étrange que cette municipalité s’offusque de cette insalubrité après plusieurs mois de refus à déposer une benne pour ramasser les ordures ménagères du bidonville ; étrange aussi que cette même municipalité qualifie d’irresponsable l’action du PEROU et de sébastien thiéry grâce à qui (et à toutes les personnes qui les soutiennent) ces ordures ont été déblayées et le bidonville à même pris des airs de vraie petite ville en faisant reculer la boue sous les copeaux de bois et en voyant une « ambassade » du PEROU érigée en son centre ; étrange aussi que ce soit ce jour-là, jour d’un « noël avant noël » offert à ces enfants-roms, au lendemain de la fin du monde, que cet arrêté se veuille comme la marque de l’autorité, de la responsabilité, du bon-sens, de la protection civile et de la sécurité, etc.

quoi qu’il en soit, j’étais résolu à suivre l’obstination humaniste d’ouverture de sébastien thiéry, de suivre cet instinct-là pour aller droit devant : le bon déroulement d’un spectacle offert à des enfants.IMG_6256

je dévalais donc les rues à la sortie du RER jusqu’à la nationale 7, le stade, les panneaux publicitaires, la boue et enfin quelques rochers qui marquent l’entrée du bidonville. pas de CRS, juste des gens venant de partout qui finissait de construire l’ambassade : il ne me restait plus qu’à jouer :

et quelques heures après, j’y étais, je jouais pour ces enfants, avec la sensation d’être vraiment présent sous des vagues de « olas » enfantins, puis les adultes s’y sont mis. de l’enthousisame. à ce moment-là, la seule valeur tangible était réelle, c’était celle de l’énergie, du sens qui est sous le sens de tout. entre harpo marx et iggy pop, j’ai convoqué cette qualité-là, hors du bon ton, hors de toute classification, un geste d’énergie pure d’impureté : et ça swinguait fort. c’était les « enfants du paradis » qui manifestaient leur joie, leur folie, leurs cris ; et la marmite explosait sous leur hurlements de joie. enfin à la fin de ma petite performance devant l’installation de malte martin : « être ici, vivre maintenant », j’ai pu leur souhaiter la bienvenue chez eux (sur le territoire français), « bienvenue ici et maintenant ».photo de malte martin

à la fin, en rangeant mes affaires j’ai du constater qu’un masque d’halloween avait disparu ainsi qu’une bouche rouge (un accessoire dont toute la valeur tient dans son timbre irremplaçable) : et oui, la tentation était trop grande pour ces enfants de posséder ces nouveaux « jouets joueurs », eux qui n’ont quasiment rien.

puis je me suis rhabillé de quotidien, un peu déçu tout de même d’avoir à assumer ma « responsabilité » d’avoir perdu un accessoire qui participe à la qualité de mon « trickster », mais quelques minutes après j’ai vu sébastien venir vers moi avec le masque disparu, et puis quelques minutes de plus, après l’intervention de dragomir, un petit enfant timide est venu vers moi me rapporter cette petite bouche qu’il avait subtilisé et caché dans un lieu secret ; il avait été sensible aux arguments de dragomir : « c’est son instrument de travail cette petite bouche rouge! ». alors à ce moment-là, récupérant la petite bouche rouge, j’ai félicité l’enfant pour son honnêteté et j’ai lu dans son regard la marque d’un espoir, un espoir dans l’être humain quelque soit son apparence, sa condition sociale, son langage, son passé et son énergie.photo malte martin

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4 commentaires sur « joyeux noël »

    1. merci. mais c’est vraiment grâce au travail magnifique de sébastien thiéry que j’ai pu faire ça.

  1. une tres belle journée brassée par la tempete, du bonheur partagé, avec ces sourires et ces éclats de rire aussi bien des enfants que de leurs freres ou des adultes plus timidement adossés derriere, un moment qu’il est sûr, tout le monde aimera se rappeler et se raconter !

    1. merci noémie… oui et j’espère qu’on pourra encore s’en raconter d’autres des journées comme celle-là !

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