bye bye tokyo

ouf! je suis dans le shinkansen et je laisse tokyo derrière moi, loin derrière.

je n’aime pas tokyo. en dehors de certaines choses intrinsèques au japon et que l’on retrouve partout, ici comme ailleurs. je n’aime pas la complexité de son système de transport, l’immensité infinie de cette agglutination de choses infiniment petites. ça épuise. les gens se plient et se compactent pour répondre aux conditions de vie éprouvantes de la vie mais cela reste difficile. que cela soit sur une grande avenue ou dans le recoin d’une petite ruelle, il y a toujours quelqu’un sur votre route, jamais d’espace libre. chacun se dépêche, et tous marchent au rythme des aiguilles d’une montre. rythme constant. incessant. le peuple entier est noyé dans l’obsession chronométrique. la pression est trop forte ici.

IMG_2223comme cette rixe silencieuse à laquelle j’ai assisté hier après-midi dans un immense couloir de la station de métro shinjuku. tout à coup un attroupement silencieux dans lequel je reconnais les marques de la curiosité des badauds qui observent, mal à l’aise, un événement extraordinaire. deux hommes se donnent des coups portés, un jeune et un plus vieux. silencieux. quelques mouvements lents pour les empêcher de se battre de la part des autres. des mouvements presque las, sans trop y croire. pression des regards éberlués. toujours autant de silence. aucun commentaire. de personne. aucune parole des deux hommes. juste des regards qui semblent parler, des regards qui donnent du sens à leur lutte ; des regards et des coups, des assauts successifs et égaux. de la violence molle. un combat lancinant. l’homme plus âgé semble cependant un peu plus éprouvé par le combat, il remet une chaine dans sa poche, chaine qui semble retenir un objet personnel, un portefeuille? un téléphone? que le jeune aurait voulu lui dérober? mais non c’est mon imagination. toujours aucun son, juste peut-être quelques souffles. il n’y a pas de cri, quasiment pas d’effort. juste des assauts qui suivent des pauses de félins pendant lesquelles les deux hommes se tournent autour. silence.

puis lors d’une pause un peu plus longue que les précédentes, avec un empressement dans le corps qui traduit une certaine mesquinerie revancharde, le jeune porte au plus vieux un ultime coup de côté, puis s’enfuit. ridicule. il prend quelques dizaines de mètres, une distance de protection, et il marche d’un pas rapide en ajustant son sac. le plus vieux reprend ses esprits, lance un dernier coup dans le vide et constate son impuissance. ses cheveux sont ébouriffés, sa chemise hors de son pantalon et son regard hagard. il ne regarde pas les badauds mais essaye de rester dans sa contenance de citoyen, pourtant déjà bien dégradée. et il marche à son tour en fixant droit devant lui son adversaire qui se retourne et accélère le pas. vont-ils se retrouver? le vieux va-t-il courir pour attraper le plus jeune et le rouer de coup en hurlant de rage? non. ils marchent tous deux dans la même direction. comme tout le monde. ils avancent dans le même flot de population. aucune haine. l’indifférence reprend ses droits. ça avance.

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