d’après les deux jacques (bonnaffé et vincey)

voici le texte que je dis aux saluts après la représentation de Rabelais versus Nostradamus dans le cadre de rayon frais à Tours :

Il y avait une tradition dans les théâtres il n’y a pas si longtemps, qui ne manquait pas de…
Enfin non, qui manquait totalement de… Qui n’avait aucun charme,
mais qui ne manquait pas de surprendre… Un type arrivait à la fin du spectacle
avec une petite note concernant la question des intermittents, qu’il nous lisait avec une voix forte mais sur un ton neutre. On écoutait ça un peu gêné, le type ou les types en général
venaient de jouer, ça cassait le plaisir. Et puis d’accord, finalement
c’était une autre manière de rappeler qu’on était au théâtre et que ça valait bien les bravos-mercis.

Dernièrement des gens peu responsables mais très distingués
ont remis en service cet usage délaissé : l’intermittent des saluts. On aurait pu s’en passer,
il aurait mieux valu, mais force est de reconnaitre que ce retour des traditions
dépasse toute attente ! Je crois qu’on peut applaudir Medef et partenaires (rires et sifflets), merci…merci, sans oublier deux clowns irrésistibles quoiqu’un peu gauches,
Hollande et Rebsamen, les deux François !!! Et pour que tout soit complet
je vous propose de siffler le nouveau précaire et le futur fin de droits que je suis.
Je viens encore gâcher la fête ! (rire et tumulte).

D’abord, il me faut faire en sorte que tout ce que je vais dire maintenant s’adresse
à ceux qui nous connaissent mal, à ce quart du public que ça ennuie ces revendications apparemment sectorielles, ceux qui se pensent informés et trouvent rebutante,
et contre-productive cette clause du communiqué en fin de spectacle. En eux-mêmes
ils raisonnent que ça commence à bien faire, que ce n’est pas au contribuable à débourser
pour telle catégorie particulière et pourquoi aussi subventionner les gens qui ne travaillent pas.
Ils ont raison mais ils se trompent. Ce ne sont pas des impôts, ni des fonds publics,
mais des prélèvements auprès des employeurs et sur les salaires de ceux
qu’on désigne comme cotisants, qui font une caisse, permettant de réduire les creux,
les passages à vide, amenuisant un peu, un tout petit peu, les inégalités.

Alors, il est urgent de faire un point sur la crise actuelle liée à la situation des travailleurs intermittents et précaires, en particulier dans le secteur artistique et culturel.
Le problème semble complexe et il est souvent mal compris. Je crois surtout qu’il est mal posé
et que de mauvaises questions induisent inévitablement des réponses fausses ou hors sujet.

— 1/ Il a été montré et démontré ces dernières années par différents rapports
commandés à des chercheurs et des parlementaires (dont le député d’Indre et Loire,
Jean Patrick Gille) que le secteur culturel, loin d’être un poids était un facteur de dynamisme
et d’enrichissement pour l’économie française.

— 2/ Il a été prouvé, chiffres à l’appui, que les intermittents du spectacle n’étaient pas
des privilégiés et que leur revenu moyen était même inférieur à la moyenne nationale.

— 3/ Notons qu’à leur initiative, des propositions concrètes ont été faites pour améliorer
leur système d’indemnisation tout en minorant son coût pour l’assurance chômage. Pourtant, l’accord UNEDIC signé le 22 mars et validé le 26 juin dernier ne tient aucun compte
de ces propositions. C’est ce qui cristallise la colère de la quasi unanimité des professionnels
du spectacle – directeurs, salariés permanents ou intermittents, artistes ou techniciens.

— 1/ Où est donc le problème, s’il ne peut se réduire à sa dimension économique et technique ?
Ne touche-t-il pas à des valeurs beaucoup plus larges et fondamentales ?
— 2/ En cette période de crise et d’accroissement constant des inégalités, n’est-il pas impératif
de remettre les notions de solidarité et de partage au cœur du débat ?
— 3/ Doit-on laisser un pays envié dans le monde entier pour la richesse de sa vie artistique
et de sa culture renoncer progressivement à ce qui devrait faire sa fierté ?
— 4/ Au moment où les extrémismes progressent partout en Europe n’est-il pas urgent
de s’appuyer sur ce qui redonne sens au présent et confiance en l’avenir ?
— 5/ Un tel problème peut-il se résoudre par des arrangements politiciens
ou fait-il appel à un véritable engagement politique ?

Des questions débordent largement des revendications sectorielles ou comptables.
Reconnaissons donc que les intermittents du spectacle ne se battent pas pour des avantages
qui leur permettraient de survivre dans une réserve protégée. Leur exaspération
est celle de millions de femmes et d’hommes qui revendiquent le droit de travailler et de vivre dignement dans un monde qui échappe aux injonctions des chiffres et de la rentabilité
pour laisser leur juste place aux mots et aux idées. Il nous revient à nous, gens du monde de l’art,
avec les armes de la poésie, de la musique, de la danse, des arts plastiques,
de répondre à ces questions qui engagent chacun de nous à bâtir un monde
qui nous ressemble et nous rassemble.
Nous avons besoin de vous comme vous avez besoin de nous.

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