La Vérité sur Pinocchio par Didier Galas

Une critique de Véronique Hotte

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La Vérité sur Pinocchio, d’après Pinocchio de Carlo Collodi, adaptation libre, mise en scène et jeu Didier Galas – Compagnie Les Hauts-Parleurs, tout public de 7 ans à 107 ans

Danseur, comédien, conteur, marionnettiste manipulateur et marionnette manipulée, Didier Galas abaisse et relève toutes les manettes des postes clés, un bel interprète scénique qui n’en avance pas moins de manière ordonnée, progressive et constructive, s’accordant des retours en arrière dans le récit de l’histoire italienne de la petite vedette et canaille de bois et se faisant même don d’une pause de trois mois, soit une dizaine de minutes scéniques pour prendre le temps d’interpeler le public, ce qui fait décanter, avec le recul, les bribes de rêves mêlées aux réalités.

Le comédien en solo interprète la marionnette animée et vivante, en quête de père et d’une nature originelle végétale que le premier avait forgée pour un destin honorable.

Pinocchio, pantin de bois de jadis, puis petit garçon à la fois velléitaire et volontaire, a grandi avec le temps. Devenu adulte, il œuvre aujourd’hui, les ciseaux à la main, dans le salon de coiffure que les Collodi tiennent de père en fils avec un mélange de gloire et de modestie – fidélité et garantie du travail bien fait. Or, quel est le projet final du conteur-comédien-pantin, tandis qu’il fait à présent la barbe à un client, une perruque posée sur la tête silencieuse d’un mannequin qui ne peut que l’écouter sans lui répondre ? Il se promet de raconter son accès à la maturité à travers une existence plutôt singulière et extraordinaire, selon une chronologie à contre-sens, une nage à contre-courant, pour le déroulement d’une fable « qui va du bois à la chair », une création à rebours qui cherche les origines et les causes. Rien qui ne soit plus légitime pour l’éclaircissement d’une morale ouverte, c’est-à-dire grandir en restant à l’écoute de l’autre – le père – tout en amorçant un mouvement responsable de libération et d’autonomie. Pinocchio adulte prône la reconnaissance de la vérité – la vérité vraie – à mériter, si l’on en est digne. Le comédien avoue que dire ses quatre vérités à quiconque ou à soi-même n’est pas si simple : « Le grillon de la vraie histoire ne s’appelle pas Jeminy Criquet : il n’a pas de nom, parce qu’il n’est qu’un vulgaire grillon. En réalité aussi, dès le quatrième chapitre, il meurt écrasé ! Je suis désolé : la vérité est souvent difficile à entendre. Elle est plus difficile à accepter que les mensonges. » Le comédien réduit en bouillie de sa main un grillon sur le bois de sa maison, insecte placé précisément sur un œil (occhio) ou nœud du bois de pin (pino). Ce castelet de pin blanc à hauteur humaine est posé sur le plateau, tournant comme un manège, un refuge contemporain contre le froid ou un abribus à hublot. L’acteur entre, sort et arpente l’espace du dehors et tous ses dangers, sautant sur ses jambes de danseur et de clown, égrainant une série de claquettes, battant des bras et des mains. Quand le pantin ment, une baguette de bois surgit de l’œil du pin en s’allongeant de plus en plus, métaphore emblématique de son nez trop malin. Le narrateur monte même au-dessus de sa guérite, touchant les grands feuillages mouvants des arbres verts élevés, et planant tel un grand oiseau aux larges ailes dans le bleu du ciel. Les métamorphoses personnelles de l’enfant-chrysalide touchent le corps du soliste, pas de deux et double-tours qui laissent le spectateur coi. Didier Galas joue dans la proximité de ses jeunes spectateurs, sans jamais s’appesantir sur une idée, mais butinant de l’une à l’autre, pour les mieux cerner.

Véronique Hotte

Auditorium du Louvre, Paris (75) : samedi 21 novembre à 20h et dimanche 22 novembre à 16h (tout public)

La Passerelle, Scène Nationale, Saint Brieuc (22) : mercredi 2 décembre à 19h30 (tout public) jeudi 3 et vendredi 4 décembre à 10h et 14h30 (scolaires)

Le Théâtre National Populaire, Villeurbanne (69) : les 16, 17, 18, 19, 22, 23, 28, 29, 30 décembre à 19h les 20, 24 et 31 décembre à 16h

Le Louvre-Lens, en partenariat avec Culture Commune, Lens (62) : jeudi 14 janvier 2016 à 10h00 et 14h30 (scolaires) samedi 16 janvier 2016 à 18h00 (tout public)

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