aïlòviou / je l’écris comme je le prononce

aïlòviou
je l’écris comme je le prononce

monodrame musical en un acte

livret Didier Galas
musique Pascal Contet et Joël Grare
mise en scène Christian Rizzo

avec Didier Galas, Pascal Contet, Joël Grare

dispositif vidéo Jean-François Guillon
lumières Caty Olive
son Christophe Hauser
scénographie et costumes Christian Rizzo et Jean-François Guillon
masque Erhard Stiefel
accompagnement corporel I-Fang Lin
accompagnement vocal Valérie Joly
régie générale Joël L’hopitalier
régie lumière David Griffaut
régie vidéo Julie Pareau
réalisation vidéo François Coissard
accessoire Alain Burkarth

production déléguée ensemble lidonnes
coproductions Théâtre National de Bretagne/Rennes, Bateau Feu/Scène nationale Dunkerque (en cours)
avec le soutien de la Spedidam et du Centquatre-Paris et du Centre National de la Danse

le livret – note d’intention sur l’écriture

Je rêve souvent à un corps. Un corps qui serait la source d’un espace, d’une voix, d’une parole et d’un mouvement. Et au sein de ce corps naitrait l’étincelle de l’amour. L’amour. L’amour entre les êtres. Je rêve aussi à une langue. Un langage qui serait pour ce corps, un moyen de se libérer de tout ce qui n’est pas essentiellement lui (masques, costumes, gestes et postures). Un langage qui serait la réunion de toutes les langues. Un langage qui serait le moyen de dire « je t’aime ». Le langage de l’amour, exactement à inverse du mythe de Babel… et bababoum.

C’est en m’inspirant de ce rêve que j’ai commencé à écrire les premiers textes. Puis j’ai convié le chorégraphe Christian Rizzo à un échange dramaturgique sur le scénario. Nous avons ensuite exploré les zones sonores et musicales de la parole avec les musiciens Pascal Contet et Joël Grare. Le plasticien Jean-François Guillon (artiste plasticien et vidéaste) et Caty Olive (créatrice des lumières), nous ont rejoint avec leur univers fondamentaux, essentialistes et graphiques. Enfin, les répétitions ont commencé et tous les éléments constitutifs du spectacle que nous avions imaginé étaient là : musique, poésie sonore, danse, performance, arts plastiques et peinture pour un monodrame musical en un acte, libéré des clivages habituels des arts performatifs.

Le spectacle laisse apparaître le réel derrière l’illusion, le contemporain derrière le l’historique. Ainsi, de même qu’un chorégraphe contemporain pose son regard aigu sur un univers théâtral qui questionne la tradition, des musiciens tendent leurs oreilles vers une parole qui questionne le sens. La représentation est envisagée comme une expérience esthétique totale, tantôt écrin futuriste pour masque éternel, tantôt espace pour échange musical entre trois interprètes. D’un chant atonal à des harmonies mélodieuses, avec un corps masqué, démasqué ou éclaté, accompagné de Joël Grare et de Pascal Contet, de la vidéo et des lumières, je vais jusqu’à me métamorphoser en « conteur de rock ».

résumé

Un protagoniste apparait sur la scène, être humain solitaire dans l’espace graphique.
En quête d’une adresse amoureuse, il appelle la musique et attend son destin. Il trouve quelque chose sur son chemin. Il s’agit d’un masque. Il devient la figure de ce masque, mais sa jambe s’immobilise et il se met à parler une « langue d’ailleurs » ; puis à chanter son histoire diabolique… celle du masque ou la sienne ?
Finalement, il se retrouve en transe, sans atteindre aucune des promesses de l’amour : ni l’Échange, ni le Partage. Il décide donc de disparaître mais la musique l’interpelle pour l’entraîner dans un charivari burlesque. Au bord du cadre, libéré de ses masques et délivré de ses langages, il chante enfin « aïlòviou »… comme il le prononce.

Didier Galas

la musique – note d’intention sur la composition

Depuis plusieurs années, parallèlement à ma carrière de soliste instrumentiste, je développe une activité de composition. C’est ainsi que j’ai eu le bonheur d’expérimenter des recherches « sonores », aussi bien à partir de gestes – avec des danseurs et des chorégraphes -, qu’à partir de mots – avec des acteurs, des metteurs en scènes et des réalisateurs. Je connais et apprécie la créativité de Didier Galas. Sa volonté de travailler avec moi m’honore et nous permet de donner corps à une discussion commencée lors de notre première rencontre au Japon en 1999.

À l’aide du multi percussionniste Joël Grare et de Christophe Hauser, acousticien du son, nous élaborons un paysage sonore original dans lequel texte et musique forment un rythme commun, une danse de lettres et de bruits. Quand la musique entraîne la parole, cette parole se compose souvent de mots qui portent un sens immédiat : un langage utile. Mais d’autres fois, il s’agit de sons qui n’offrent pas de lien direct entre le mot et la chose et on atteint à la poésie. Il arrive aussi que des mélodies apparaissent en parallèle à ce qui est dit, de manière sous-jacente ou affirmée, décorative ou imbriquée.

La musique permet d’offrir une apothéose à cette singulière recherche qui a amené Didier à voyager aux quatre coins du monde. aïlòviou laisse apparaître un être humain à la recherche de l’Amour – comme chacun de nous.

Pascal Contet

La mise à distance – note d’intention sur la mise en scène

aïlòviou : I love you : une adresse ? De qui à qui ? Promesse d’amour, déclaration ? Pour Christian Rizzo, il y a là trois éléments d’égale importance ; « I », « Love » et « You ». « Un triptyque de base, dit-il, où il sera question de l’amour, de moi et de l’autre ». Le public ou un autre fantasmé ou absent… « La présence de l’autre appelle une question dont la réponse pourrait être l’amour. L’amour est pour moi la réponse essentielle à la mise en œuvre de toute chose. Un peu à la manière de l’artiste James Lee Byars qui disait que la beauté était une réponse plus qu’une question ».

À l’origine, une rencontre fortuite en 2008, en Avignon dans le programme Sujets à vifs – SACD ou Christian Rizzo présente un solo sans titre pour la danseuse taïwanaise I-Fang Lin, et Didier Galas le duo 3 cailloux avec Laurent Poitrenaux et Sylvain Prunenec. Deux pièces courtes, redistribuant les cartes entre théâtre et danse, entre la forme et le flou, entre présence et disparition, se jouant des codes de la représentation, et qui ont fortement impressionné. Aimantés l’un par l’autre, le chorégraphe/plasticien et le metteur en scène/acteur ont souhaité travailler ensemble pour mieux déplacer leur art et leur manière de faire œuvre artistique, mettre en jeu leurs propres fondamentaux : « s’ouvrir d’autres espaces et aller au-delà de la maîtrise de l’esthétique propre à chacun ».

Ce qui les rapproche ? Un travail d’une certaine « physicalité » entre énergie et retenue ; une écriture qui se révèle avec l’ensemble de la partition corps, musique, lumières ; l’engouement pour l’art lyrique chez l’un croise la dilection pour le travail sur la voix chez l’autre. « Mon regard est musical, qu’il y ait ou non musique » affirme Christian Rizzo. « Et si nous commençons le travail à partir d’un texte écrit par Didier, ce matériau est plus proche de la poésie sonore que du texte intelligible, d’abord attentif aux rythmes et aux sonorités, produisant une signification plus poétique que littéraire. Il est chuchoté, dit, crié, hurlé, les mots sont tordus, déformés… ». Ce texte, en « réinterprétation » constante, catalyse les autres composantes – spatiales, corporelles, scénographiques – du spectacle.

Didier Galas et deux musiciens sont sur scène, Pascal Contet à l’accordéon, Joël Grare aux percussions : « présents sur le plateau, avec des instruments imposants. Quels types de relations sont possibles entre eux ? Au regard également de la présence très physique de Didier ? Ces modalités vont mettre en place des capacités à inventer des modes de relations qui ne sont pas prédéterminées, qui vont surgir du plateau et prendre place dans une dramaturgie. La forme finale est encore en suspens, à la façon d’une démarche plastique. Car je travaille à partir et sur la situation, un espace scénographique qui va induire des connexions, des rapprochements ou des mises à distance. Un corps sans espace n’est rien, et le contraire est vrai » exprime Christian Rizzo. Ainsi corps, texte, musique participent à l’énonciation et à la transmission du sens, au cœur d’œuvres hybrides, entre installation, performance et spectacle. « Ce que je fais, je le fais pour le partager avec un public et j’aime me dire que c’est un outil de regard sur le monde. » Ou une déclaration d’amour ?

Christian Rizzo
Propos recueillis par Raymond Paulet, pour l’ensemble lidonnes)

Pourquoi la musique, et plus spécifiquement l’énergie du rock, pour ce travail sur la parole, l’amour, le jeu et le « je » ?

« Parce que le rock est une survivance du rituel sacrificiel, affaibli et désacralisé par le travail de sape de la parole du Christ… Jacques Attali, dans Bruits… appelle bruit tout ce qui concerne la violence réciproque non ritualisée. La musique n’apparaît précisément qu’avec la ritualisation de cette violence. Elle est ce qui introduit la différence, une différence ordonnée, une graduation des sons, au sein du magma sonore… Si le bruit est violence, la musique suggère donc la paix, l’ordre et l’harmonie, mais elle reste entachée du meurtre initial. La musique rock, dans sa simplicité populaire, renoue avec ce besoin d’un art direct, vivant, « cruel » pour reprendre l’expression d’Artaud. Elle intègre cette part de violence indispensable à son rôle cathartique. Le rock se présente comme le prolongement le plus direct du rituel sacrificiel dans la culture contemporaine…

L’artiste de rock est tour à tour d’ombre et de lumière, idole divinisée et démon inquiétant ou encore figure du chaman. Homme des ténèbres et de la lumière, musicien et sorcier… dans cet entre-deux fascinant, à la frontière entre le divin et l’animal… quand la musique, pleine encore de la violence fondatrice, avait le pouvoir de guérir ou de tuer… La vénération se substitue au sacrifice. Mais elle n’est qu’un écran, un moment de grâce… Le mimétisme de l’envie et de la haine se propageant aussi rapidement que celui de l’admiration, l’artiste devient objet à expulser, au centre de la violence de la foule… L’oubli peut se lire comme un sacrifice symbolique, venant châtier une « faute » (dont nous savons l’irréalité)…

Autre arme redoutable… Le rire est un moyen de s’assurer la cohésion de la communauté aux dépens de l’artiste… Le public, son public, rit… Pour éloigner la violence de sa personne et mieux s’en protéger, l’artiste peut se détourner sur un autre objet… Les instruments servent fréquemment de victimes de substitution… qui représente le corps du musicien… La violence se détourne de l’homme. De victime, l’artiste devient officiant d’une mise à mort qu’il aurait dû subir… Quand l’ivresse du nombre ne suffit pas, d’autres ivresses plus artificielles prennent le relais : vertige du bruit, des lumières, des drogues, de la répétition… Il faut ne se souvenir de rien. C’est à cela que s’emploient les différents aspects du rituel religieux et que l’on retrouve, à des degrés divers, dans l’écoute rock publique et privée… Tout vertige, s’il provoque avant tout un changement de l’état psychique, passe d’abord par un choc physique, une sollicitation violente du corps. Certains affirment que le rock abrutit. Le terme est trop méprisant pour être acceptable mais il recèle une certaine vérité… Et Bromios… le bruyant, c’est l’autre nom de Dionysos, le Dieu de la violence spontanée, du meurtre sauvage, de la confusion… »

Claude Chastagner (in « La Loi du Rock » éditions Climats – 1988)

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